lundi 19 février 2018

La débrouillardise, Lucie Land

Lucie Land est une baroudeuse comme on n'en fait plus. Ancienne circassienne, voyageuse insatiable, son premier roman, Gadji! est publié en 2008. La débrouillardise s'apparente à la suite de cet opus, dans lequel on retrouve sa protagoniste Katarina. 


Libres pensées...

Katarina a 17 ans, elle est rom, originaire de Roumanie, et vit avec son père Zeus et ses quatre frères. Son quotidien est rythmé par ses errances dans la ville, la musique jouée par sa famille, les rencontres au gré du hasard, le temps passé avec Chavolo, son ami d’enfance, et les livres qu’elle dévore. Entre Paris et Marseille, elle tente de s’évader, de goûter à la liberté de son adolescence, vécue à la marge de la société.

De par le style et la personnalité de la narratrice, le roman m’a rappelé des livres comme Bianca de Loulou Robert. Le ton est très actuel, et j’ai apprécié dans La débrouillardise le choix d’un milieu peut-être peu représenté habituellement, ce qui permet d’aborder la situation d’êtres laissés « à la marge », qui se « débrouillent » pour survivre et ont des aspirations, l’espoir d’échapper à un avenir étriqué.

Le récit évolue au fil des vagabondages de Katarina, et si certaines rencontres le font progresser (notamment celle de Robin, un jeune homme de bonne famille qui la séduit, puis de Benti, un vieil homme avec lequel elle se lie d’amitié à Marseille), on peut avoir le sentiment par moment que la trame est absente.

Katarina est au cœur du récit, et suscite très rapidement l’empathie et la sympathie. Elle est directe, vive, impulsive, elle a aussi sa part d’originalité. Autour d’elle, les membres de sa famille, bien qu’esquissés, permettent de souligner l’affection qui unit Katarina à ses proches – en particulier son père -. Les personnages de Chavolo, Robin, Mathilde puis Benti, viennent apporter de la densité au roman, et ont leur propre autonomie.

Mais c'est encore le style qui constitue, à mon sens, la grande force du roman. Le point de vue adopté est celui de Katarina, protagoniste et narratrice, et utilise une langue très vivante, énergique, qui emprunte beaucoup au langage familier et moderne, et peut se faire également très poétique. On se plaît dans les phrases de Lucie Land. 

Aussi, alors que le roman se compose surtout des errances d’une jeune fille, sa personnalité et son environnement suffisent à les rendre intéressantes, et à maintenir le lecteur en haleine : les pensées fusent dans l’esprit de Katarina, qui ne nous laisse aucun répit, et avance dans sa vie coûte que coûte, avec l’énergie et l’audace d’une jeune fille de 17 ans.

A découvrir ! 
Pour vous si...
  • Vous ne lisez que les deuxièmes tomes, passer par le premier est totalement surfait.
  • Vous collectionnez les auteurs atypiques - et les protagonistes aussi ! 

Morceaux choisis

"Je laisse passer deux métros à m'éjecte à regret du coeur de la ville. Pourquoi les riches ici, les pauvres là-bas ? Vous fatiguez pas, j'ai la reponse."

Note finale
4/5
(très cool)

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