dimanche 8 novembre 2015

L’Élixir d'amour et Steinbeck

La période de l'année s'installe paisiblement, que je passe ordinairement recluse dans les théâtres et les opéras, pour me distraire du froid et de la grisaille.
Cette semaine, je suis passée du coq à l'âne, d'une comédie légère à une adaptation vibrante d'un roman de Steinbeck.



Commençons par L’Élixir d'amour.
Vous pensez sans doute : quel est donc ce machin? Et croyez n'en rien savoir.
C'est faux. 
L’Élixir d'amour est certes un opéra italien, certes de Donizetti (le père du sublime Lucia de Lammermoor), mais c'est aussi de là que nous vient l'un des airs les plus célèbres au monde, ré-employés à l'envi dans le cinéma notamment.
Je vous assure.
Vous vous souvenez de ça?
Allez à 0:53.
Là, ça vous interpelle? C'est celui-là, tout à fait.
Una furtiva lagrima.
Donc, vous connaissez, ou vous avez déjà entendu quelque part.
J'ai toujours imaginé derrière cet air une trame tragique, digne de Tosca ou bien de Werther
Que nenni!
L'Elixir d'amour, s'il n'est pas non plus du calibre de La belle Hélène ou de la Grande-Duchesse de Gerolstein (opéras bouffe hilarants, où l'on retrouve des morceaux cocasses : Dis-moi Vénus, quel plaisir trouves-tu à faire ainsi cascader la vertu, ou encore Je suis le Général Boum Boum), reste relativement léger : dans un village basque à la fin du XVIIIe s, Nemorino est un paysan amoureux d'Adina, une fermière riche et instruite qui se dit volage et se moque de la passion qu'elle lui inspire. Laissant miroiter par ailleurs le sergent Belcore, de passage dans le village, elle repousse Nemorino alors qu'il tente de lui exprimer ses sentiments, le poussant à acquérir auprès d'un bonimenteur nomade un philtre d'amour. Il s'agit en réalité d'une bouteille de Bordeaux, si bien qu'après avoir ingéré le philtre, Nemorino est tout bourré et affiche envers Adina une distance à laquelle elle n'est pas habituée, et qui l'ébranle. De colère, elle accepte la proposition de mariage de Belcore, conduisant Nemorino au désespoir lorsqu'il retrouve ses esprits (et sa sobriété).
Ne vous inquiétez pas, l'issue n'est pas si triste.

Le spectacle vaut le détour.
Tout d'abord, le décor n'est pas banal : figurez-vous un gros tas de foin sur la scène de l'opéra.

True story

Ensuite, et surtout, la distribution est royale.
L'interprète du docteur charlatan est impressionnant de carrure et de coffre (Ambrogio Maestri), Adina est campée par Aleksandra Kurzak, une soprane qui ne dispose d'atours pas que sa seule voix, et, enfin, Nemorino est confié à Roberto Alagna.

Ah, Roberto.
Même en marcel et bottes de ferme, il est formidable.

Roberto dans une motte de foin, deux fantasmes en un

Alors, imaginez-le, tout penaud, chanter Une furtiva lagrima (si vous manquez d'imagination, cliquez ici). A la fin, je dois l'admettre, j'en suis fébrile (il y a même des sortes de lumières flottantes qui se manifestent au-dessus du tas de foin en début de morceau, comme c'est romantique <3 *_*).

Et en plus, à un moment, y'a un petit chien qui traverse la scène en courant.

Bref, du beau spectacle.

Passons maintenant à la fin de semaine, et à une pièce autrement moins marrante.
Des souris et des hommes, c'est un roman qui m'a bouleversée adolescente, qui m'a arraché des larmes de rage, d'indignation, d'affliction. Un roman court (comparé à d'autres Steinbeck), mais terrassant.
L'adaptation au théâtre attisait naturellement ma curiosité, les personnages étant à mon sens tellement singuliers qu'il serait difficile de trouver à les incarner.


Et bien, en réalité, les acteurs portent la pièce avec un talent confondant.
On retrouve les grandes lignes de la trame bien connue, Georges est un petit nerveux comme décrit par John dans son roman, Candy est un vieil homme long et fin et courbé, usé par les ans, à l'inflexion de voix émouvante, Slim est très bien de sa personne, Crooks est crédible jusque dans sa démarche cahotante, Carlson est à mourir de rire, et Lenny.... Lenny est rien moins qu'exceptionnel.
Jouer un tel rôle (pour rappel, celui d'un homme adulte déficient mental) demande de l'audace et de la démesure sans doute, mais aussi beaucoup de finesse, pour ne pas sombrer à tout instant dans la caricature qui défigurerait l'entreprise en la rendant grotesque. L'acteur qui donne corps à Lenny a développé un jeu d'une impressionnante cohérence, depuis les intonations et les expressions faciales jusqu'à la gestuelle.
Verdict : la pièce est une réussite.

Ça se passe en ce moment au Théâtre du Palais Royal. Allez-y les yeux fermés (pas pendant la séance bien sûr).

Le point commun entre les deux spectacles de ce post? 
Le chien.
Et oui, la tendance en ce moment semble être de ramener sur scène ces pauvres bestioles qui n'ont rien demandé, ce qui ne manque pas de provoquer l'hilarité ou la compassion immédiate et sans limite du public pourtant adulte. 
La prochaine fois, retour en enfance avec une excursion dans le monde du cirque.
Bon weekend!

samedi 7 novembre 2015

Les désœuvrés, Aram Kebabdjian

Le roman d'Aram Kebabdjian propose un synopsis alléchant. Lorsque j'ai reçu ce pavé agressif (518 pages) par le biais de l'opération menée par le site lecteurs.com autour des 68 premiers romans de la rentrée littéraire, j'étais toute guillerette.
Un enthousiasme qui est allé s'écornant au fil des pages, à ma plus grande tristesse.


Dans une situation comme celle-là, il ne reste plus qu'une chose à faire : un feu.

Le synopsis

Dans une société future, la culture s'est imposée dans la Cité et incarne toute réussite. Les résidences d'artistes se sont multipliées, tout est sujet à créer de l'art, sous toutes ses formes, et les artistes en question évoluent dans un monde où on attend qu'ils se renouvellent, qu'ils surprennent, qu'ils continuent à fasciner. Chaque chapitre porte le nom d'une oeuvre, et les protagonistes font partie de ces rangs d'artistes inégaux dans la reconnaissance qu'ils acquièrent et qu'ils tâchent de retenir jalousement. Leur vie est faite de vernissages, de rencontres, d'affres de la création, et ils sont continuellement sous les projecteurs d'une presse avide.


Mon avis

L'intérêt de ce (gros, en plus) roman m'a complètement échappé.
Attention, le synopsis m'avait empli d'un enthousiasme sans borne, j'étais fébrile en débutant la lecture, tant l'excitation m'avait submergée.
Malheureusement, le traitement proposé m'est apparu d'une fadeur inexplicable.
Les personnages ne sont pas attachants : certains sont carrément détestables, d'autres inspirent une certaine pitié, mais on ne va jamais vraiment en profondeur, et leur oeuvre semble toujours souffrir d'une superficialité, d'une course au succès qui aliène l'art et le rend creux, et non pas subversif comme ils en rêveraient. Les relations qui les unissent sont assez inintéressantes, je m'en suis vite lassée, et ne sais par quel miracle j'ai pu parvenir à la fin, soucieuse de ne pas condamner un livre sans l'avoir appréhendé dans sa totalité.
Le plus surprenant, c'est que la prose est belle, si l'on se prend à ouvrir le roman au hasard et lire quelques lignes, on est frappé de sa qualité littéraire, de leur précision, de leur élégance.
Une illustration cinglante qu'être un bon technicien de l'écriture ne suffit pas à proposer un roman intéressant, faut-il croire.


Pour vous si...
  • Vous êtes un snob de la culture, et que vous adoooorez les formules, somme toute, vides de sens dont on affuble parfois les œuvres d'art, pour ne pas se mouiller tant on ne sait quoi en penser, et qu'on n'ose pas être simplement honnête de peur de paraître sot (comportement regrettable, si vous voulez mon avis)
  • Vous avez du temps à perdre.

Morceaux choisis

"Alexandre Sorrus refit le tour de l'exposition. Ces gigantesques images d'un mètre sur deux le contemplaient. Elles étaient si belles - certaines des femmes si désirables. Il n'arrivait pas à s'imaginer où se logeait le mal - où se cachait la mort." (protagonistes devant des photographies de femmes atteintes de leucémie / cancer de l'utérus. Charmant.)

"La vue des serpents, depuis toujours, fascinait Dolorès. Le fait qu'ils fussent articulés d'un seul tenant, souples en tout point de leurs corps, le fait qu'ils pussent s'immiscer dans tout orifice et glisser dans n'importe quelle cavité, suscitait un mélange d'admiration et de dégoût." (seul moment d'empathie pour un protagoniste, sur 518 pages, donc)

"Dis-toi bien une chose, Adrien...l'homme qui désire une femme doit la prendre."


Note finale
1/5
(flop)

jeudi 5 novembre 2015

Lady sings the blues, Billie Holiday

Lady Day est pour moi un objet de curiosité comme d'admiration profonde.
J'ai toujours su qu'un jour ou l'autre, c'était inévitable, le temps viendrait de lire son autobiographie.




Le synopsis

Billie Holiday raconte son enfance, son adolescence, son ascension, son rapport complexe aux hommes et à la drogue. 

Mon avis

J'ai adoré me plonger dans la vie de cette grande dame du jazz. Son côté écorché est passé à la postérité, sa voix rauque de la dernière décennie a des accents de souffrance, d'excès, presque de folie.
Mais force est de reconnaître que je ne connaissais pas son parcours, combien elle avait été marquée par le racisme ordinaire, sa relation complexe à son père et aux hommes, et son caractère bien trempé.
On croise d'autres figures légendaires dans les anecdotes qu'elle rapporte, c'en est fulgurant.
Je retiendrai sa révolte, qui crie à chaque page, sa façon de parler sans détour et sans fard.
Après lecture de son autobiographie, Billie Holiday me rappelle ces personnages dont parle Kerouac dans son chef-d'oeuvre Sur la route, les mots qu'il met dans la bouche de Sal Paradise : "Mais alors ils s’en allaient, dansant dans les rues comme des clochedingues, et je traînais derrière eux comme je l’ai fait toute ma vie derrière les gens qui m’intéressent, parce que les seules gens qui existent pour moi sont les déments, ceux qui ont la démence de vivre, la démence de discourir, la démence d’être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller ni sortir un lieu commun mais qui brûlent, qui brûlent, pareils aux fabuleux feux jaunes des chandelles romaines explosant comme des poelles à frire à travers les étoiles et, au milieu, on voit éclater le bleu du pétard central et chacun fait : "Aaaah !" "
Il y a cette démence chez Billie Holiday. On peut s'arrêter à la drogue, à ses démêlés avec la justice, à ses choix hasardeux en matière d'hommes, à son parler un peu trop franc.
C'est infiniment réducteur.
La chanteuse, elle, est immortelle.

Pour vous si...
  • L'artiste vous fascine

Morceaux choisis

"Un bordel était à peu près le seul endroit où les Noirs et les Blancs pouvaient se rencontrer normalement, car bon Dieu! ce n'était pas dans les églises qu'ils pouvaient se coudoyer."

"Même si vous êtes une traînée, vous ne voulez pas qu'on vous viole. Même une pute qui ferait vingt-cinq mille passes par jour ne voudrait pas se laisser violer. C'est la pire chose qui puisse arriver à une femme. Et ça m'est arrivé quand j'avais dix ans."

"Mais surtout, nous avons eu faim ensemble, et à cause de ça, je l'aimerai toujours."

"Il paraît que personne ne chante comme moi le mot "faim" ou le mot "amour". C'est sans doute parce que je sais ce que recouvrent ces mots, parce que je suis assez orgueilleuse pour vouloir me souvenir de Baltimore et Welfare Island, de l'institution catholique et du Tribunal Jefferson Market, du shérif devant notre appartement à Harlem et des nombreuses villes, d'une côte à l'autre, où j'ai été brisée et meurtrie."

"Une chanteuse, ce n'est pas qu'une voix, la voix dépend étroitement du corps qui l'enveloppe. Au moment d'entrer sur scène et d'ouvrir la bouche, on ne sait pas ce qui va en sortir."

mercredi 4 novembre 2015

D'après une histoire vraie, Delphine de Vigan

Delphine de Vigan me laisse perplexe.
Lorsque j'ai lu Rien ne s'oppose à la nuit, il y a quelques années, je me souviens du sentiment mitigé qui m'avait accaparée. La première partie sur l'enfance de sa mère m'avait subjuguée, la deuxième partie était venue assommer l'enthousiasme ainsi engendré.
Et puis, la curiosité m'a piquée, lorsque je l'ai entendue parler de son dernier roman dans une émission il y a quelques semaines. Et je résiste mal à la curiosité.



Le synopsis

La narratrice, Delphine, a écrit un roman qui a rencontré un succès inespéré, et le récit débute lorsque vient le temps de se remettre à l'écriture. Mais elle doit désormais faire face au vide, un vide qui ne cesse de se creuser, à mesure que son entourage, son éditrice et son lectorat la pressent et la questionnent sur son prochain livre. Elle rencontre L. lors d'une soirée, et peu à peu, L. s'introduit dans la vie de Delphine, se rapproche, prend des libertés auxquelles Delphine ne met pas de limite, tandis que l'angoisse l'envahit et qu'elle est de plus en plus vulnérable.  

Mon avis

Dans son roman, Delphine de Vigan joue sans ambages à nous retourner le cerveau.
Une sorte de paranoïa s'installe insidieusement, à mesure que défilent les pages, qui m'a rappelée Les apparences de Gillian Flynn. Quelque chose couve que l'on ne sait d'abord trop définir, et qui nous laisse en permanence comme sur un fil : qu'y a-t-il donc de si diabolique dans L., cette femme à la fois forte et vulnérable, dont les attentions sont touchantes et pourraient ne manifester que la sollicitude qu'elle éprouve pour Delphine? Ne serait-ce pas Delphine, au contraire, qui cherche à nous convaincre de la nocivité de L.? Qui, des deux, est la plus manipulatrice, consciemment ou non d'ailleurs?
Puis, la trame progresse, les réflexions de la narratrice sur la littérature font écho à la construction du roman, et c'est absolument troublant. Est-on moins sincère lorsque l'on écrit une fiction? Faut-il servir aux lecteurs des textes d'après des histoires vraies, le reste n'est-il que pure arnaque? Quid d'un roman qui se réclamerait de la réalité, flirterait avec, mais serait pure invention?
L. se révèle peu à peu, on comprend finalement où la narratrice voulait en venir, jusqu'à l'issue finale et le questionnement, par tout son entourage, de l'équilibre mental de Delphine, de la vérité dans cette histoire qu'elle raconte et à laquelle nul ne croit, jusqu'au dernier mot, "FIN *", par lequel elle nous nargue encore, au point de nous faire douter de chaque hypothèse que l'on a émise.
Et vous, que croirez-vous?


Pour vous si...
  • Les histoires de double et d'usurpation d'identité ne vous font pas peur
  • Vous connaissez l'emprise néfaste que certaines personnes peuvent exercer sur d'autres, parfois inexplicablement
  • Vous détestez vous vautrer dans des certitudes, et préférez de loin les romans où rien n'est sûr, où tout ce que vous pensiez vrai s'avère faux tout à coup, et vice versa
  • Et bien sûr si vous êtes un adepte des histoires de corbeaux, ces inconnus qui vous envoient des missives anonymes bien senties et déprimantes à souhait - paranos s'abstenir!

Morceaux choisis

"Rares sont les amis dont nous pouvons dire qu'ils ont changé notre vie, avec cette certitude étrange que, sans eux, notre vie tout simplement n'aurait pas été la même, avec l'intime conviction que l'incidence de ce lien, son influence, ne se limite pas à quelques dîners, soirées ou vacances, mais que ce lien a irradié, rayonné, bien au-delà, qu'il a agi sur les choix les plus importants que nous avons faits, qu'il a profondément modifié notre manière d'être et contribué à affirmer notre mode de vie."

"Tu sais, il y a une chose que j'ai apprise. Une chose injuste qui sépare le monde en deux : dans la vie, il y a ceux dont on se souvient et puis ceux qu'on oublie. Ceux qui laissent une empreinte, où qu'ils aillent, et ceux qui passent inaperçus, qui ne laissent aucune trace. Ils n'impriment pas la pellicule. Ça s'efface derrière eux."

"Nous avons beaucoup de choses en commun. Mais toi seule peux les écrire."


Note finale
3/5
(cool)

mardi 3 novembre 2015

Ce pays qui te ressemble, Tobie Nathan

Quand j'ai su qu'un nouveau roman de Tobie Nathan se cachait parmi les romans de la rentrée littéraire, je ne peux nier que j'ai été suspicieuse. J'ai lu en juin Ethno-roman, qui est avant tout une entreprise ethnologique / sociologique, et dont j'ai eu du mal à venir à bout. 
Mais lorsque j'ai su qu'il avait fait son chemin jusqu'à figurer parmi les huit finalistes, puis les quatre, du Goncourt, j'ai compris que je ne pourrais pas y couper. Et je me suis rendue à mon devoir. 
Bien m'en a pris.



Le synopsis

Le roman retrace l'histoire de Zohar, égyptien et juif, depuis sa conception entourée de sorcellerie, jusqu'à son départ d'Egypte peu avant la chute du roi Farouk.
Enfant, il grandit solitaire à côté du couple aimant et atypique que forment ses parents, fous d'amour l'un pour l'autre, et son chemin croise par intermittence celui de Masreya, sa soeur de lait.
Masreya est musulmane quand Zohar est juif, leur lien est interdit à tous égards, pourtant, en marge des enjeux politiques qui agitent leur pays et auxquels ils prennent part, leur passion les consume envers et contre tous.

Mon avis

Dès les premières pages, la verve de Tobie a fait son effet.
La société que l'on découvre à travers le quotidien et le parcours d'Esther et  Motty, puis de Zohar et Masreya, sans oublier les personnages secondaires comme Joe, Nino ou encore le roi lui-même, est passionnante. Les moeurs sont décrites finement, que ce soit dans les arcanes politiques du pouvoir ou dans les croyances populaires, j'ai pensé en lisant au Coeur cousu de Carole Martinez, et à certains classiques de la littérature française, les romans de Balzac et d'Hugo, transposés dans l'Egypte contemporaine. Non que l'oeuvre de Tobie Nathan manque de singularité, au contraire, mais elle a pour moi la force de grands romans de par l'entremêlement habile entre les sphères, entre les sujets.
Cette lecture m'a réjouie, m'a instruite aussi, et le style est délectable.
A découvrir!


Pour vous si...
  • Vous aimez les intrigues où se mêlent amour, politique, religion... Les fresques presques historiques et humaines, en somme.
  • Vous vous intéressez à l'histoire contemporaine de l'Egypte.
  • Depuis Harry Potter, vous regrettez de ne pas croiser plus souvent la magie dans les romans ; Tobie Nathan nous parle des sorts et croyances égyptiens, c'est édifiant!

Morceaux choisis

"Je suis né de ça... au pays des pharaons, d'une mère possédée par les diables et d'un père aveugle. Que pouvais-je faire entre ces deux-là qui s'aimaient d'une passion infinie?
Je suis fait de musiques endiablées, de viande de vipère et d'essence de lotus. Pour me protéger, j'ai reçu des fragments du Cantique et un nom surgi de la tombe."

"Ô Masreya, fille de terre et de force; toi dont le destin est ouvert, pourquoi as-tu regardé en arrière? Pourquoi avoir ajouté les sens à votre passion? Ne vous suffisait-il pas d'être unis comme des siamois, vous qui n'avez qu'une seule âme pour vous deux...? [...] Ces instants de la nuit s'inscrivirent pour chacun en une éternité qui allait s'égrener chaque jour de leur vie."

"Le soir, il lui arrivait de danser pour eux et ils comprenaient, ces béotiens, ces innocents aux poches pleines, ce qu'était le don, cette faculté d'ouvrir son cœur qui échoit aux âmes engendrées par les forces de la terre. Masreya, mystérieuse et limpide, sensuelle et sévère, légère comme son pas de danse et dont le nom tirait sa profondeur des palmes du Delta : "l’Égyptienne!"


Note finale
4/5
(très bon)

lundi 2 novembre 2015

Top octobre 2015

En ce lendemain de Toussaint, l'heure est venue du bilan des lectures d'octobre.
Voici les pépites qui ont égayé mon mois, et leurs tristes pendants.

5. L'arabe du futur, Riad Sattouf



Et oui, LE roman graphique truste la cinquième place! Je me languis de la suite de cette introduction réussie!


4. Nos âmes seules, Luc Blanvillain


Deux mois d'attente avant de pouvoir enfin mettre la main dessus, mais le jeu en valait la chandelle. Nos âmes seules  m'a plu par sa manière habile de déjouer les stéréotypes, et de ne pas verser dans la facilité alors que tout y prête. Le fait que le charme subtil des grandes tours de la Défense ne me soit pas inconnu a sans doute également compté! ;)


3. Boussole, Mathias Enard



De l'hymne à l'orientalisme d'Enard, je retiendrai le romantisme exacerbé, les vapeurs d'opium, quelques références glanées parmi celles qui fleurissent à chaque page, et presque chaque ligne. Un envoûtement.


2. La petite barbare, Astrid Manfredi



Etrangement, je classe La petite barbare avant Boussole, alors que je suis folle de Mathias Enard. Mais le roman de Manfredi m'a surprise quand je ne m'y attendais pas. La langue est vivante, foudroyante, les mots sont incarnés, lèvent un voile sur une réalité aussi sordide que vraie.


1. Fable d'amour, Antonio Moresco


Je ne peux pas finir sur le sordide. C'est pourquoi la palme revient pour octobre à Antonio Moresco, et sa précieuse Fable d'amour. J'ai déjà dit tout le bien que j'en pensais; plusieurs semaines après avoir refermé le livre, certaines phrases me reviennent encore, tantôt douces, tantôt dures, toutes empreintes d'une vérité qui m'a émue.


Quant aux flops, il y en a eu deux tout de même :

Enon, Paul Harding


Un sujet prometteur, et un roman qui n'en a rien fait, à mon sens. Voilà une déception des plus communes, mais il faut parfois lire de ces romans qui ne vous touchent en rien, pour sentir combien ceux qui vous touchent sont importants.

Ici ça va, Thomas Vinau


Je me suis désintéressée du roman dès les premières pages, tant l'intrigue tardait à se montrer (et pour cause : il n'y en a pas!), et tant les mots étaient d'un convenu regrettable.
Des expressions pauvres et répétées mille fois, au point d'être dépouillées de tout charme et de toute essence; je n'ai rien trouvé dans ce livre qui ait oeuvré en faveur d'un avis plus clément. 

dimanche 1 novembre 2015

Discours d'un arbre sur la fragilité des hommes, Olivier Bleys

Le titre était prometteur, ou, à tout le moins, intriguant.
J'imaginais une fable écologique, un récit empreint de sagesse et de réflexions philosophiques.
Bon, ce n'était pas tout à fait ça.



Le synopsis

Le récit est celui d'une famille chinoise contemporaine qui habite depuis des décennies une bicoque d'un quartier délabré, dans la cour de laquelle prospère un sumac. Après des années de labeur, la somme est enfin réunie pour pouvoir acheter cette maison qu'ils n'ont pu que louer jusqu'alors. Mais lorsqu'ils apprennent que leur quartier va être rasé dans le cadre d'un grand projet minier, et que l'ancien propriétaire refuse de leur rendre leur argent, leurs rêves s'envolent en fumée.

Mon avis

Je n'ai pas vraiment été convaincue par le roman d'Olivier Bleys.
L'histoire se lit, elle n'est pas inintéressante, seulement j'ai préféré infiniment Beijing Coma de Ma Jian, roman dans lequel la mère veille son fils dans le coma, y compris lorsque les familles sont expulsées et que les bâtiments sont un à un détruits. Je n'ai pas trouvé la sagesse, la philosophie attendue, et je trouve que les auteurs asiatiques parlent mieux de leur pays, de leur culture et du quotidien des Chinois.

C'est donc pour moi un roman en demi-teintes, qui n'est pas désagréable à la lecture mais qui ne m'a pas beaucoup apporté, et me fait penser un peu à la tentative de Thomas Reverdy dans Les Evaporés de parler du Japon : d'autres s'en sont acquittés à merveille et mieux.
Ma position n'est pas, partant, de dire que seuls les autochtones peuvent raconter avec talent leur pays: le regard étranger a aussi un intérêt, et c'est d'ailleurs un charme que je trouve aux romans japonais d'Amélie Nothomb. Seulement, là, cela n'a pas fonctionné pour moi.


Pour vous si...
  • Vous êtes un inconditionnel de hamburgers italiens, de pizzas espagnoles et de sushis suédois
  • Et les métaphores végétales fissurent votre carapace pour venir toucher votre petit cœur de guimauve

Morceau choisi

"Bien des fois, des haches ont convoité notre arbre, des tronçonneuses ont grondé à l'entour! On a voulu le brûler, de méchantes gens l'ont aspergé d'essence... Et tu vois, le sumac est toujours debout! Ce sont des imbéciles... Ils voient les branches au-dessus du sol, ils ne voient pas les racines en dessous. Rappelle-toi, ma chérie : c'est par les racines qu'on tient, c'est à travers elles qu'on dure et qu'on endure... Celui qui les a poussées loin, jamais ne sera arraché!"


Note finale
2/5
(pas flop, mais pas fou non plus)