jeudi 26 novembre 2015

Pirates, Fabrice Loi

Déjà, le titre claque.
Pirates, moi, ça ne me laisse pas insensible, ça me transporte, ça évoque des légendes et des êtres à peine humains, c'est l'exotisme le plus absolu.
La quatrième de couverture a achevé de me convaincre : un forain et trompettiste de jazz, une soprano sud-africaine, et des pirates somaliens, je n'étais pas armée pour résister.
Ce qui s'est avéré heureux.



Le synopsis

A Marseille, Tony, trompettiste et mécano, rencontre Max Opale, et par son entremise, Awa, sublime diva sud-africaine pour laquelle il éprouve immédiatement une passion effrénée. Avec Opale, il entre dans le milieu de la pègre marseillaise, sur la trace des pirates somaliens, et découvre les réalités sordides qui se cachent derrière.


Mon avis

Pirates m'a beaucoup surprise!
Les personnages sont très singuliers, on est bien loin des récits s'appuyant sur des figures stéréotypées facilitant l'identification du lecteur aux protagonistes. Awa, Opale, Tony sont des êtres insolites et entiers.
Au-delà des relations qui se nouent entre eux et contribuent à créer un étrange équilibre, le contexte est captivant, tout comme la trame : on part à l'aventure avec appréhension, et les secrets qui pavent le parcours d'Opale et de Tony nous tiennent en haleine, et donnent une dimension géopolitique intéressante au récit.
Le roman progresse à bon rythme, la langue est riche, c'est pour moi une réussite!


Pour vous si...
  • Vous avez passé les oraux de Sciences Pô en 2006, et vous souvenez très bien d'avoir appris par cœur le nom du président togolais pour pouvoir faire bonne figure en évoquant le match France-Togo qui s'est joué cette année-là pendant la coupe du monde. Depuis, ce nom est ancré en vous, et l'idée de le croiser dans un livre vous rend tout chose.
  • Vous trouvez que l'opéra est un milieu sélect, et déplorez le faible nombre de cantatrices noires dont la renommée flirterait avec celle de Cecilia Bartoli, René Fleming ou Angela Gheorgiu.
  • Vous opinez du chef lorsque vous tombez en lisant sur des mots comme "drosser" ou "thuriféraire".

Morceaux choisis

"J'adore l'harmonie du jazz, et comment cette musique fonctionne. L'esprit c'est de "connaître la règle pour mieux pouvoir s'en affranchir", comme me l'a dit une fois une super trompette. Ça m'a plu à mort. Ça m'a plu, parce que c'est difficile. J'aime, que ça soit difficile. Je suis très fier de savoir faire des choses difficiles."

"A force, tout ce monde est paumé, dans l'amour comme dans le travail. Les femmes surtout; je les vois, en approchant de la trentaine, qui cherchent des pères. Mais l'espère se raréfie! C'est que les mecs ne veulent plus se mouiller. Déjà, un homme c'est fragile, ça fait le coq et ça tient à peine debout niveau estime de soi. Et les femmes maintenant sont pareilles : elles sont vaniteuses et n'en rabattent sur rien, et consomment du gadjo sans distinction. De vraies terreurs."

"Tu te dis soudain que c'est comme un bol d'air d'être là tous deux."

"Awa savait que l'art vient aussi de la bouillasse, de la bagarre, du sang, d'une forme de guerre totale. Et que cette pépite, ce miracle rescapé de l'assassinat, qu'on admire dans les salons. Dans les musées. Dans les salles de concerts. C'est le sadisme suprême."

Note finale
4/5
(très bon)

1 commentaire:

  1. Merci pour votre sensibilité à mon travail. J'en suis très touché.

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